12.01.2008

Y a des coups de pieds qui se perdent

Laîcité : Un combat permanent

 Un correspondant nous adresse cette note que nous publions bien volontiers :

 ".../... La culture laïque est une fraude : elle ne conduit qu'au désespoir, à travers l'avortement ou le divorce express.../..."

Cardinal Augustin Garcia-Gasco, archevêque de Valence devant des centaines de milliers de manifestants défenseurs de la famille chrétienne.

Source Le Point citant El Paîs du 30/12/2007

Et c'est un catho bon teint qui vous le dit "Y a vraiment des coups de pieds qui se perdent". De plus c'est en contradition avec les déclarations précédentes de JPII sur la laîcité

Noël

24.04.2006

Un train peut en cacher un autre

 DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE : UN EXEMPLE DE CLERICALISME (en gras dans le texte et selon nous les marques évidentes du cléricalisme catholique qui vise à imposer à la société civile sa vision particulière) 

Dieu, l’Europe et les politiques, René Andrau, éditions Bruno Leprince, 2002

La Doctrine Sociale de l’Eglise catholique fait l’objet d’une confusion souvent entretenue par ceux qui s’en réclament et qui n’en retiennent que ce qui les arrange. Contrairement à une idée reçue, cette doctrine n’est pas une technique permettant de résoudre les problèmes sociaux, ce que Léon XIII appelait la « question ouvrière ». Car l’adjectif social de l’expression doctrine sociale signifie relative à l’organisation de l’ensemble de la société, la question sociale proprement dite n’y jouant qu’un rôle secondaire. Ce caractère global de la doctrine est souligné par tous les Papes, en particulier dans les nombreuses Encycliques commémorant un anniversaire de Rerum novarum, la dernière en date étant Centissimus annus de Jean-Paul II de 1991, l’Encyclique du centenaire. Ce qui fait qu’on ne peut dissocier clairement le politique et le social d’avec le religieux qui les surplombe.

Qu’y avait-il avant Léon XIII, que l’on présente comme le grand réformateur de l’Eglise ? Il y avait le refus catégorique de poser la question sociale, comme d’ailleurs la question politique. Certes il se trouvait des catholiques qui pensaient que du message évangélique découlait la nécessité de prendre en compte le sort des misérables : le journal de Lamennais, L’avenir, qui militait dans ce sens a été nettement désavoué par le Pape Grégoire XVI qui a rédigé une Encyclique spécialement dans ce but, Mirari vos, en 1832. C’est dans ce contexte historique qu’il faut replacer Rerum Novarum qui est de 1891, alors que le Manifeste de Marx et Engels est de 1848 : l’église finit par reconnaître qu’il existe une question ouvrière liée à la révolution industrielle lorsqu’elle ne peut faire autrement sous peine de sortir de l’histoire, et surtout lorsqu’elle voit grandir la menace socialiste que Léon XIII dénonce avec force.

Car la Doctrine Sociale de l’Eglise reste ancrée à la formule « hors de l’Eglise point de salut ». Dès le 21 novembre 1893 Jaurès dénonce à l’Assemblée, en réponse à la déclaration du cabinet Dupuy, le caractère rétrograde de la doctrine sociale de l’Eglise : « Le socialisme sortait de la République ; vous ne pouvez détruire la République, mais vous y introduisez ses ennemis d’hier en gouvernants et en maîtres, pour en chasser plus, sûrement les militants qui l’ont faite et qui ont versé leur sang pour elle. Vous ne pouvez pas détruire ouvertement, officiellement votre œuvre de laïcité, mais vous mettez votre République sous le patronage de la papauté... Oui, c’est la politique de Léon XIII qui vous dirige ».

Jean XXIII comme Jean-Paul II reprennent en chœur cette idée qui souligne le caractère dogmatique de la doctrine : l’Eglise catholique est la seule habilitée à interpréter les Ecritures et à dire quel est l’ordre naturel, voulu par Dieu, auquel doivent se conformer l’homme et la société. Car cet ordre, qui découle de la Révélation, est hors d’atteinte de la raison, à moins qu’elle ne reçoive la lumière de la foi, auquel cas la raison est dite « correcte » (recta ratio). Dans l’Encyclique Aeterni Patris de 1879, Léon XIII précise que « la foi délivre de l’erreur la raison », ce que ne cessera de répéter Jean-Paul II qui, comme le Syllabus, refuse la souveraineté populaire qui exprime « la volonté arbitraire des hommes » (Laborem exercens, 1981). Ratzinger, devenu Benoît XVI, va encore plus loin dans sa récente encyclique en considérant que la foi « délivre la raison de ses aveuglements ». Cet ordre naturel que l’Eglise décode, c’est une société hiérarchisé en classes sociales : remettre en cause cet ordre au nom de la lutte des classes est donc une atteinte à la volonté divine car, disait Pie XI, « les travailleurs doivent rester à la place que la Providence leur a assignée ». C’est pourquoi les Papes condamnent unanimement le socialisme comme « intrinsèquement pervers », selon l’expression de Pie XI dans Divini Redemptoris du 19 mars 1937.

Mais dans le même temps Pie XI, pas plus que ses successeurs, n’a été gêné par les fascismes et leur conception corporatiste concernant l’organisation des travailleurs. Dans l’Encyclique Non abbiamo bisogno de 1931, même s’il trouve que le fascisme italien ne fait pas assez de place à l’Eglise catholique, il proteste de sa loyauté au régime et au parti et de la fidélité des catholiques à leur égard. Dans l’encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937, il proteste également contre la place insuffisante que le régime nazi accorde à l’Eglise catholique, mais il approuve le « projet ethnique » de la nation allemande : aucune allusion aux autres problèmes que pose l’Allemagne nazie. A cette complaisance répond une condamnation sans réserve de la République espagnole, et le Pape n’a pas un mot pour dénoncer les massacres de prolétaires par les troupes franquistes qui indignent le pourtant très catholique Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune. Et le même Pape ne cessait de dire son inquiétude devant la politique française de Front Populaire qui ne correspondait pas à l’ordre naturel. S’il n’a pas produit de texte de condamnation, ses dévoués serviteurs s’en sont chargés : c’est ainsi que le très catholique député Robert Schuman, père putatif de l’union européenne, s’est opposé au Front Populaire, avant de voter les pleins pouvoirs au Maréchal.

A ces faits historiques, la bien-pensance du jour oppose le fait que les choses auraient bien changé depuis Vatican II, et que tout ça, les repentances à répétition aidant, appartient désormais au passé. C’est faux, archi-faux.

La Doctrine Sociale de l’Eglise est toujours aussi dogmatique. Voici ce que déclarait Jean XXIII, réputé être le premier Pape moderne, dans Mater et magistra de 1961 : « Dès que la hiérarchie ecclésiastique s’est prononcée sur un sujet, les catholiques sont tenus à se conformer à ses directives puisque appartiennent à l’Eglise le droit et le devoir non seulement de défendre les principes d’ordre moral et religieux, mais aussi d’intervenir d’autorité dans l’ordre temporel lorsqu’il s’agit de juger de l’application de ces principes à des cas concrets ».

C’est au nom d’une telle conception que Benoît XVI, alors cardinal Ratzinger, a mené avec Jean-Paul II un combat acharné contre la théologie de la libération. On connaît bien aujourd’hui les arrière-plans de ce combat, présenté à l’époque comme une controverse de théologiens. On sait aujourd’hui que Ronald Reagan et Jean-Paul II ont mené ensemble le combat contre les luttes sociales en Amérique latine et contre le communisme en Pologne, combats dont le résultat est la victoire de la forme de capitalisme qui domine le monde actuel.

Pour ce qui est du premier point, le programme politique et social de Ronald Reagan, élu en en 1980, s’exprime dans un document qu’on appelle le document de Santa Fe (de 1980 également). Dans ce document, la théologie de la libération est désignée nommément comme un ennemi politique. C’est que les tenants de cette théologie, confrontés à des dictatures militaires, pensent qu’il est conforme au message évangélique et à la figure de Jésus de prendre le parti des opprimés en s’engageant concrètement dans l’action contre la dictature et l’oppression économique : il n’en faut pas plus pour que les conservateurs américains considèrent cette théologie comme tête de pont du communisme en Amérique latine. Dans le même temps deux documents de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signés Ratzinger, condamnent cette théologie comme incompatible avec la Doctrine de l’Eglise. Il lui reproche en effet de s’inspirer de la lutte des classes, concept intrinsèquement pervers, et rappelle que l’Eglise interdit tout changement par la violence comme contraire à l’ordre naturel voulu par Dieu : car la vraie libération, précise-t-il, n’est pas d’ordre terrestre, mais surnaturel. Il s’indigne que des tenants de ce courant refusent de communier aux côtés des bourreaux, car chaque personne humaine est créé par Dieu à son image et ainsi dépositaire de la même dignité. Les actes venant à l’appui du discours, de nombreux théologiens et responsables catholiques sont sanctionnés et progressivement remplacés par des conservateurs complaisants pour les dictateurs. Vingt ans après, Ratzinger devenu Benoît XVI persiste et signe en condamnant explicitement « les idéologies de l’amélioration du monde », expression que les admirateurs de son Encyclique ont oublié de commenter, à droite comme à gauche.

Dans cette affaire, Jean-Paul II a agi comme un allié de Reagan, et dans le sens des intérêts américains et du néolibéralisme qui les favorise. C’est la même alliance qui se noue au moment des grèves de Solidarnosc en Pologne. On sait aujourd’hui comment ces grèves ont été financées : capitaux américains transitant par une antenne offshore située à Nassau de la banque Ambrogianno, aboutissant en Pologne via le Vatican sous la bénédiction de Mgr Marcinkus avec le concours de la mafia. Quoi que l’on pense de Jaruzelski et de son gouvernement, les faits sont là et l’alliance Reagan-Jean-Paul II indubitable. Certains admirateurs sincères de Solidarnosc ont été surpris de voir Lech Walesa se muer en homme politique de droite s’appuyant sur l’Eglise la plus réactionnaire d’Europe : le scénario était pourtant écrit dès le début. Beaucoup l’ignoraient, certains le savaient.

Jean-Paul II s’est ainsi révélé un agent sûr et efficace de la progression du néolibéralisme. Pourtant, soulignent les défenseurs de la Doctrine Sociale de l’Eglise, il a fermement condamné les excès du capitalisme. Alors ?

Capitalisme, fond et forme

Alors, la réponse est incluse dans la question. Si le socialisme est intrinsèquement pervers, le capitalisme n’est pervers que dans ses excès : il suffit donc de corriger ses excès pour qu’il devienne tout à fait acceptable. On se contentera de lui ajouter une dose d’éthique pour que se réalise l’ordre naturel voulu par Dieu et que s’éloigne le spectre de la lutte des classes. C’est ce que confirmait en 2003 le cardinal Sodano, [le même qui, lorsqu’il était Nonce au Chili sous Pinochet, avait déclaré à propos du régime : « Même les chef d’œuvre peuvent avoir des taches ; je vous invite à ne pas vous arrêter aux taches du tableau, mais à regarder l’ensemble, qui est merveilleux »], lorsque, promu Secrétaire d’Etat de sa Sainteté, il écrivait à Michel Camdessus : « Dans l’économie, il est nécessaire de mettre en permanence un supplément d’humanité ». Car le capitalisme éthique permettrait de respecter la dignité de chaque personne humaine, du détenteur de capitaux comme du travailleur, remède à l’exploitation du travailleur dont Jean-Paul II nous avertit, dans Veritatis splendor de 1993, qu’elle est une infamie. Mais à cette exploitation qu’elle juge infâme l’Eglise n’oppose guère que des considérations morales. Certes, le message est plus sophistiqué que celui de Léon XIII qui promettait aux riches un châtiment dans l’autre monde s’ils manquaient au devoir de charité, mais il est du même ordre. La solution ne saurait être la régulation étatique, jugée dangereuse (Jean-Paul II condamne nettement ce qu’il appelle l’Etat de l’assistance). Elle viendra des corps intermédiaires (Pie XI a déjà fait l’éloge du corporatisme mussolinien) et du comportement chrétien des intéressés. C’est ce qu’affirmait Jean XXIII pour qui « la vie en société doit être considérée avant tout comme une réalité d’ordre spirituel » : sous ses airs de généralité philosophico-théologique, cette affirmation a une portée politique et sociale évidente ; Jean-Paul II va plus loin en déclarant dans Centesimus annus que « dans la société occidentale l’exploitation a été surmontée, du moins sous la forme analysée et décrite par Karl Marx », et il fait dans Laborem exercens l’éloge du corporatisme sans prononcer le mot lorsqu’il précise que « chaque genre de travail, chaque profession a une spécificité propre qui devrait se refléter de manière particulière dans ces organisations », tout en rappelant la nécessaire union entre le capital et le travail. Le problème est donc résolu sans qu’on ait besoin de le poser.

La société civile

Pour faire passer ce message dans la société, l’Eglise recourt à des experts qualifiés, plus ou moins proches de l’Opus Dei : Michel Camdessus, ancien directeur du FMI, et animateur des Semaines Sociales de France, en est le meilleur exemple puisqu’il est membre du conseil Pontifical Justice et paix. Que dans l’exercice de ses fonctions de directeur du FMI Camdessus ait réduit à la famine des millions de paysans du Tiers-Monde importe peu : le discours moralisateur masque la dure réalité - et même, plus la réalité est dure, plus l’exhortation morale se fait grandiloquente. D’ailleurs pour Michel Camdessus, qui a bien appris la leçon de l’évangile selon laquelle le Royaume est à la fois à venir et déjà là, le capitalisme éthique est au futur, mais il est aussi déjà là. Voici ce qu’il déclarait en conclusion des Semaines Sociales de France de 2003 : « Les chefs d’entreprise responsables n’abdiquent pas devant leur direction financière...Le souci de l’harmonie très fragile de la communauté humaine qu’ils forment avec les salariés, les clients, les actionnaires et tout leur environnement passe avant la maximisation immédiate du profit ». C’est une belle image de piété, mais que la réalité ne confirme pas. Notre expert en libéralisme ajoute tout de suite après : « Il n’y a pas d’acquis qui puisse être sanctuarisé...car une société de fraternité ne se construit pas sur le seul sacrifice de surplus des riches ». Jean-Baptiste de Foucauld, autre fidèle des Semaines Sociales, précisait de son côté en 2000 qu’ « un équilibre doit être trouvé entre l’inconditionnalité et la conditionnalité des aides », et ce par le moyen d’un « renouvellement du contrat social et de la négociation sociale ». La remise en cause des droits sociaux est explicite ; c’est le concept même de droits sociaux qui se trouve remis en question, et le droit du travail avec.

Un riche = un pauvre : c’est ce que disait Jean-Paul II dans la lettre apostolique Novo millenio ineunte de janvier 2001 : il faut « gérer avec décision les processus de la mondialisation économique en fonction de la solidarité et du respect dû à chaque « personne humaine » », formule habituelle du refus du concept de classes sociales. D’autres animateurs des très catholiques Semaines Sociales ont tracé les contours du même type de projet. En janvier 2001, Jean Boissonnat, traçant l’ébauche d’un statut du travailleur, définissait les droits et les devoirs des travailleurs en s’inspirant du workfare qui finirait peut-être, je cite, par effacer le concept même du chômage pour lui substituer celui de travailleur en transition ou de travailleur en restructuration : voilà donc résolu le problème du chômage par la grâce de la DSE et de la méthode Tony Blair, qui ne manque pas d’admirateurs et d’admiratrices en France ! C’est que, selon un rapport à la Comece sur la gouvernance, « la justice sociale est, pour l’essentiel, la participation à la société ». L’essentiel est donc que les travailleurs participent, même s’ils sont au-dessous du seuil de pauvreté.

J’ai décrit, en partant du haut, les deux premiers étages de la construction : la première est le décodage de la volonté divine et de son ordre naturel ; la deuxième le mariage de celle-ci avec les théories néolibérales. Reste le troisième : la mise en pratique sur le terrain du capitalisme éthique.

Les fonds de placement éthique, d’inspiration religieuse à l’origine, sont en progression réelle de puis quelques années. Présentés comme l’outil moderne de régulation du capitalisme, sont-ils autre chose qu’un simple alibi destiné à faire passer la pilule ? Pas de suspense. Déjà on peut distinguer les fonds de partage des fonds éthiques : les premiers impliquent qu’une partie des bénéfices est reversée à des associations : ces fonds battent de l’aile, alors que les fonds dits « éthiques » progressent.

Car les promoteurs de ces derniers nous disent bien que ces fonds doivent avant tout être rentables. C’est ce qu’affirme une figure emblématique de ces fonds, Sœur Nicole Reille, à qui le Vatican a décerné le prix « Femme d’Eglise et Finances ». Elle énumère les critères de sélection de ces fonds, et si, après la rentabilité, elle insiste sur la politique sociale de l’entreprise concernée, elle exige que l’entreprise dispose de « plans sociaux », mais n’a aucune exigence en matière de salaire.

Pour donner de la cohérence au système sont apparues des agences de notation qui fournissent aux entreprises une justification morale. La plus connue est Vigeo, dirigée par Nicole Notat, qui compte parmi ses actionnaires Total, connu pour son respect des droits de l’homme et son sens de l’environnement, le Crédit Lyonnais, dont nous avons apprécié la gestion, le groupe Accor qui méprise son personnel comme l’a montré l’affaire d’Arcade. Pour cautionner tous ces braves gens, une centrale syndicale parmi les actionnaires, celle de Nicole Notat évidemment, qui fut le soutien sans faille du plan Juppé de 1995.

Il existe même un traker éthique, c’est-à-dire un fond qui n’a d’éthique que l’étiquette puisqu’il s’aligne simplement sur des indices boursiers qui n’ont pas cette prétention. Le capitalisme actionnarial ne change pas de nature en devenant capitalisme confessionnal !

Cette fusée de 3 étages a des allures de subsidiarité, mais on s’aperçoit que l’Eglise n’entend pas la même chose lorsqu’il s’agit de ses rapports avec l’Etat et lorsqu’il s’agit de ses rapports avec les organisations qui lui sont subsidiaires. Suivant la formule de Pie XI, elle exige que l’Etat n’intervienne pas dans les niveaux inférieurs, c’est-à-dire qu’il laisse le champ libre à l’Eglise et à ses associations. Par contre lorsqu’il s’agit d’associations qui se réclament de ses valeurs, l’Eglise leur interdit toute autonomie, comme au temps de l’Encyclique qui condamnait le Sillon de Marc Sangnier. C’est ainsi que Jean-Paul II déclarait dans Novo millennio ineunte, parlant de la mise en œuvre pratique de la DSE : « Ce sont surtout les laïcs qui seront présents dans ces tâches, sans jamais céder à la tentation de réduire les communautés chrétiennes à des services sociaux. En particulier, les relations avec la société civile devront être réalisées selon les enseignements proposés par la doctrine sociale de l’Eglise ».

Comment ne pas voir la parenté entre la Doctrine Sociale de l’Eglise et la philosophie de l’Union Européenne, qui met hors d’atteinte de la souveraineté populaire tout ce qui concerne l’économie ? C’est le même type d’argumentation. René Char disait dans ses poèmes de Résistance qu’il voyait se dérouler en France l’éternel combat entre Révolution et Contre-révolution. La pensée républicaine affirme la liberté de l’homme et du travailleur et en lui reconnaissant le droit de faire sa propre histoire ; la Doctrine Sociale de l’Eglise fait de l’homme et du travailleur un exécutant de consignes qui le dépassent définitivement, ce que Jean-Paul II énonce clairement dans Centissimus annus : « la doctrine sociale a par elle-même la valeur d’un instrument d’évangélisation : en tant que telle, à tout homme elle annonce Dieu et le mystère du salut dans le Christ et, pour la même raison, elle révèle l’homme à lui-même. Sous cet éclairage, et seulement sous cet éclairage, elle s’occupe du reste : les droits humains de chacun et en particulier du « prolétariat »... »

Considérer comme subordonnés les « droits humains de chacun » revient à les considérer comme secondaires par rapport à l’appartenance communautaire. Pourtant le combat contre la dictature de l’argent et de ses serviteurs, visibles ou moins visibles, reste bien le premier combat à mener.

par René Andrau, auteur de Dieu, l’Europe et les politiques, éditions Bruno Leprince, 2002

Article publié sur communautarisme.net

17.04.2006

Laïcité - Un combat permanent

L'expérience de la laïcité faite depuis 100 ans par les religions et les églises, notamment chrétiennes, et la somme de réflexions qu'elle a provoquée amènent à souligner ce qui, selon elles (les églises), est "leur profond accord sur une vision commune de la laïcité". Cet accord intervient enfin après de durs affrontements consécutifs à la mise en oeuvre de la Loi de 1905. Loi majeure qui pose le principe de laïcité et instaure un régime strict de séparation entre l'Etat et les religions représentées par les églises, groupements religieux et cultes. Loi "traumatisante" vécue "douloureusement" et par l'église et par les catholiques, selon l'expression même du pape Jean-Paul II, dans sa Lettre aux Evêques de France datée du 11 février 2005.

Notre propos n'est pas ici de rallumer la guerre religieuse que sont prêts à relancer à tous instants les boutes-feux de l'intégrisme d'un côté et de la laïcardité de l'autre. Notre but est de montrer que, malgré des propos de l'église catholique se voulant rassurants, le combat de la laïcité reste à gagner. S'il est à peu près admis par la grande majorité des chrétiens de France (catholiques, orthodoxes et protestants) que la laïcité est une très bonne chose, il reste qu'une frange assez importante de ces croyants, alliée, quelques fois dans des alliances contre nature, à d'autres formes de croyance et à toutes les formes de cléricalisme religieux et politique, n'attend que le moment d'enfoncer un coin dans ce fondement républicain qu'est la laïcité à la française.

Le combat de la laïcité a débuté bien avant 1905 puisque déjà en 1516 un premier Concordat fut signé à Bologne entre François Ier roi de France et le pape Léon X. Pour suivre cette histoire passonnante jusque dans ses prolongements modernes : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/ch.... Sur le même site on trouvera également l'intégrale du texte de loi dont les deux premiers articles posent le principe moderne de laïcité :

ARTICLE PREMIER. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

ART. 2.- La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3. Pour lire la version intégrale du texte de loi : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/so...

Selon les paroles même du pape Jean-Paul II cette loi ".../... réglait la façon de vivre en France le principe de laïcité et, dans ce cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l’Institution ecclésiale une place au sein de la société.../..."

Cependant, le pape lui-même apportait, dans sa lettre aux Evêques de France précédemment citée, un adoucissement à ses propos en ajoutant "on sait gré au Gouvernement français lui-même d’avoir (dès 1920) reconnu d’une certaine manière la place du fait religieux dans la vie sociale, la démarche religieuse personnelle et sociale, et la constitution hiérarchique de l’Église, qui est constitutive de son unité".

On comprend mieux ce positionnement du prélat romain lorsqu'on rapproche ses paroles du Code de Droit Canon de l'église romaine en vigueur à l'époque de la promulgation de la loi de 1905 : ".../... Can. 100 - l'Église catholique et le Siège apostolique ont qualité de personnes morales par l’effet de l’ordonnance divine; les autres personnes morales inférieures ont cette qualité dans Église soit par l’effet d’une prescription du droit, soit par une concession donnée par décret formel du supérieur ecclésiastique compétent, dans un but de religion ou de charité.../...". Il est à noter que le nouveau Code de Droit Canon de 1983 rend plus stricte encore cette définition par une très légère modification de forme : ".../... Can. 113 – § 1. L’Église catholique et le Siège Apostolique ont qualité de personnes morales de par l’ordre divin lui-même.../...".

Comment en effet, et ce d'autant que le Concordat de 1801, passé entre le Gouvernement Français et le pape Pie VII, établissait l'église catholique comme la quasi église officielle de la France, s'affirmer être "de par l’ordre divin lui-même" et, en même temps, accepter d'être soumis au droit des sociétés, inférieur par nature à l'ordre divin, voulu, du moins en France démocratique, par les hommes et les femmes qui les composent?

C'est ainsi qu'on va voir, le 8 décembre 2003, au moment de "l'affaire du voile", les trois présidents du Conseil des Églises chrétiennes en France s’adresser au Président de la République, sous couvert d'intégration, pour lui rappeler l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et l’article 19 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950 : ".../... Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de fonction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques ou l’accomplissement des rites. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut pas faire l’objet d’aucunes restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques ou à la protection des droits et libertés d’autrui.../...". Qu'il faut bien entendre ici comme une demande du retour du religieux, mais surtout du cléricalisme, dans la vie publique.

Comment définir le cléricalisme? Nous l'avons déjà tenté dans une note précédente par laquelle nous avons montré que le cléricalisme est (selon le Quillet Flammarion) ".../... une doctrine qui tend à donner au clergé un rôle exagéré dans les les affaires temporelles .../...". Nous avons montré que le cléricalisme est une problématique propre à toutes les hiérarchies religieuses ou civiles, qu'elles soient centralisées comme dans l'église romaine ou décentralisées comme dans les églises orthodoxes, les centres religieux islamistes ou autres. La problématique des obédiences maçonniques et de leurs structures technico-administratives fait que les loges et les membres risquent eux aussi de subir une forme de cléricalisme maçonnique. En fait, le cléricalisme n'est rien d'autre que la prétention des technostructures à dire plus de droit, de juste, de bon... que n'en produit la communauté religieuse ou civile de base, à s'ériger en juges et en directrices des consciences, tant au plan collectif qu'à celui de l'individu. A ce titre, les sociétés civiles, dans leurs expressions politiques manifestées par les partis, peuvent aussi connaître des formes de cléricalisme laïc. Il en est ainsi du "laïcisme", qui est juste répartition des rôles dévolus au civil et au religieux, qui peut rapidement dériver en laïcardité sous l'effet des pressions exercées par des groupes radicaux. Entre le "rien n'est laïc" des religieux extrêmes et le "rien n'est religieux" des laïcards, la voie de la laïcité est étroite qui reste toujours un chemin de crêtes a réouvrir chaque jour pour que la paix, civile et religieuse, règne parmi les hommes. A ce titre la laïcité est le combat commun des hommes et des femmes de bonne volonté, avec leurs convictions propres, religieuses ou non, politiques ou non, sans le besoin permanent de les agiter tels les étendards des victoires passées et à venir.  

A suivre

10.02.2006

Des dangers du cléricalisme

Les religions, leurs églises, synagogues, mosquées et autres temples ont depuis toujours été très présent(e)s dans la cité au côté des pouvoirs. Le monde occidental, et particulièrement l'Europe, ont peu ou prou réussi à ramener, cantonner l'institution religieuse dans le domaine qui est le sien, celui de la foi et sa pratique. D'une manière générale ce mouvement s'est fait à la satisfaction de tous et à largement contribué à libérer la pensée et la parole. De plus, ainsi qu'on le voit en France avec les lois sur la laïcité, cela a permis l'instauration et le maintien de la paix religieuse, et donc civile, entre des confessions qui souvent se haïssaient.

Depuis quelque temps on voit, ici et là, naître des tentatives nouvelles de reprise en main des sociétés par les religieux de tous poils, encalottés ou tonsurés, enturbanés ou entoqués... L'affaire des "caricatures" jette un éclairage cru sur cette montée du "cléricalisme" dans toutes les sociétés, y compris les plus avancées sur le plan de la modernité, du progrès social et économique. Certains veulent y voir les conséquences de la dérive mondialiste qui laisse des peuples nombreux en marge de l'évolution. D'autres celles de la domination occidentale sur le reste du monde. D'autres encore la revendication fondamentaliste de peuples maintenus par leurs dirigeants dans l'ignorance et la pauvreté.

Nous ne prendrons pas parti dans ce débat où, sans doute, toutes les causes se mêlent. Nous tenterons seulement d'expliquer ce qu'est le cléricalisme et de montrer qu'il n'est pas un phénomène nouveau puisque, déjà sous l'Egypte ancienne, les rois ont du batailler contre les temples.   

Le clergé est l'ensemble des ecclésiastiques attachés à une église. Le clergé peut être "régulier" ou "séculier". Le clergé régulier est l'ensemble des clercs religieux et religieuses, généralement cloîtrés, vivant selon une Règle (dans les églises chrétiennes les moines et moniales vivant selon la Règle de saint Benoît : Cisterciens, Bénédictins notamment, ou les Souffis du monde musulman, ou les moines boudhistes). Le clergé séculier est l'ensemble des clercs, prêtres et religieuses, vivant dans le monde auprès des laïcs (prêtres de paroisses, évêques, cardinaux, congrégationnistes...). 

La définition précédente est largement inspirée de la hiérarchie catholique qui fut, dans le monde occidental, l'église dominante des siècles précédents. De nos jours, une telle définition doit être élargie à l'ensemble des personnes exerçant une fonction de type sacerdotal ou de direction spirituelle, au sein des multiples religions qui se cotoient désormais sur notre sol.

Ainsi, nous considèrerons comme également membres d'un clergé : les imams, muftis musulmans et autres recteurs, les pasteurs protestants, les rabins petits et grands, les prêtres, popes, moines orthodoxes, les moines boudhistes... ainsi que tous les illuminés des sectes religieuses se rattachant, plus ou moins, à l'une ou l'autre des grandes religions et philosophies, qu'ils aient été reçus, ordonnés ou simplement reconnus. Et ce, quand bien même, ces religions ne seraient pas structurées hiérarchiquement comme l'est l'Eglise catholique.

Les religions, leurs églises, leurs cléricaux ont, de tous temps, cherché à dominer le monde, à diriger les consciences, à dire le bien à partir de leurs supposées "révélations divines" ou " connaissances supra-humaines ". Tous ont été ou sont encore fortement impliqués dans les affaires des pays où ils exercent leur ministère ou influence.

Il s'en suit que le cléricalisme est l'état d'esprit des clercs qui vise à donner au clergé (quelle que soit sa religion de rattachement) un rôle exagéré dans les affaires temporelles (Quillet Flammarion). 

A l'aune de cette définition élargie, et bien qu'elle ne soit pas une religion, nous pourrions dire que la Franc-Maçonnerie court, elle aussi, le risque de cléricalisation. Ce type de glissement, vers ce qui serait le cléricalisme maçonnique, apparaît avec la constitution des Obédiences, qui sont des organisations administratives, au sein desquelles peuvent tendre à se constituer des "filières" d'accès aux fonctions de direction de l'organisation, une "professionnalisation" des offices, des "profils" de carrières, un "management" des hommes... Certains lèveront les bras aux cieux en nous lisant. Qu'ils se souviennent alors de ces loges où le Vénérable ne peut être élu que parce qu'il a un profil qui plait. Ou encore de ces membres qui semblent traverser toute la suite des grades et degrés avant de se retrouver, qui Conseiller quelque chose, qui Grand Maître, ou qui au sommet de la pyramide des degrés maçonniques. Pire encore de l'esprit cléricalo-maçonnique, lorsque des obédiences prennent ouvertement le parti de soutenir un candidat brigant un mandat politique, de faire passer une loi, d'influencer telle décision politique. Ce cléricanisme là doit être combattu comme tous les autres.

L'exemple des excès de l'esprit clérical nous est donné par la récente affaire des "caricatures du prophète Mahomet dans un journal Danois. Si l'on peut en effet juger irrespectueux ces dessins, il n'en demeure pas moins vrai, quand bien même le respect de la pensée d'autrui serait un droit absolu, que la liberté de la presse doit être totale et respectée par tous, y compris par tous les religieux, dont dont voit bien la sainte alliance se former pour soutenir les revendications islamistes, et, du même coup, faire peser sur les états laïcs le poids de leurs opinions publiques extrêmes. C'est là la preuve que, même en Europe, le cléricalisme est toujours présent au sein des églises majoritaires. Elles risquent fort de s'en mordre les doigts, et nous avec, si, par malheur, l'islamisation rampante de nos sociétés venait à s'installer aux postes de gouvernement de nos états laïc et démocratiques.

Nous n'irons pas plus loin dans cette analyse. Nous ne sommes pas en effet loin de penser que toute cette affaire n'est qu'une machination montée de toutes pièces – y compris la publication des caricatures – afin de servir, sous couvert de la défense de principes religieux, des intérêts d'états. Manipulation d'opinions publiques qui font, si la preuve en était encore nécessaire, celle de la collusion permanente, toujours active et actuelle des pouvoirs civils et des pouvoirs religieux afin d'assurer leur contrôle commun sur les peuples.

Une fois encore, pour éclairer cette question sur le cléricalisme, il n'est pas inopportun de faire appel à l'un de nos anciens déjà cité sur ce Blog : le Frère Pierre Des Pilliers, ancien prêtre séculier, ancien religieux cloîtré, devenu Franc-Maçon par réaction contre l'intolérance et l'outrance papale de LéonXIII.

Comme on le verra il sera facile de transposer à notre époque ce qu'écrivait cet homme il y a plus d'un siècle. L'ouvrage, d'une soixantaine de pages, en ligne sur Gallica, est précédé d'une assez longue présentation de l'auteur et de sa carrière religieuse. Il se développe ensuite au long de trois paragraphes dans lesquels l'auteur se montre assez "orthodoxe" en ce sens qu'il récuse plusieurs dogmes de l'Eglise Catholique et donne :

La définition du cléricalisme et son opposition radicale aux fondamentaux du Christianisme.

L'origine et le développement du cléricalisme au long duquel il démontre et l'irrégularité canonique de l'Eglise Catholique et les moyens par lesquels elle s'est imposée, ainsi que, les éventuelles conséquences du retour des clercs aux affaires du monde.

Les moyens de terrasser le cléricalisme dans lequel on verra que, dèjà à cette époque, la guerre des caricatures faisait rage entre tenants du parti clérical et leurs opposants anticléricaux.

 

Le ton de ce pamphlet contre l'Eglise Catholique est très vif. Mais si l'on veut bien passer sur certaines exagérations, liées au contexte de l'époque, et sortir du cadre "catholique", on verra qu'il trouve encore à s'appliquer de nos jours, y compris à certaines outrances de la défense de la laïcité, commises par ceux qui pourraient bien apparaître comme les cléricaux d'une nouvelle religion laïque.

http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-204141&...

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